Ces oiseaux étranges que sont les hommes me fascinent.
Ils possèdent, je crois, des ailes invisibles dont ils ne soupçonnent parfois même pas l’existence.
Mais certains perçoivent leur bruissement, la possibilité de l’envol.
Et ainsi, défient la pesanteur d’une vie.

« Évoquer cette série photographique, c’est comme essayer d’écrire une anthologie de la liberté. Pas simple ! Au premier regard on est bousculé par le choix du format, de la contre-plongée, de la verticalité et de la composition des clichés – ces corps qui parfois s’estompent dans l’image pour mieux figurer le mouvement ou l’ivresse d’un vol suspendu – ces contrastes prononcés ou le parti pris systématique du contre jour… Rien n’est vraiment académique. On s’économiserait de nombreux maux de tête à expliquer un tel travail à un photographe débutant. Aucun dogme n’est absolument respecté. Et c’est toute la magie de cette série et de son talent. Il ne faudrait pas croire que seul un hasard heureux puisse offrir cette alchimie entre des choix techniques audacieux, une esthétique monochrome et un sujet aussi spectaculaire soit-il. « Les oiseaux de nuit » s’inscrit dans l’émotion, celle d’une photographie capable de faire l’économie des mots. L’expliquer c’est déjà dénaturer son propos ; il n’y a qu’à voir et admirer. Le résultat est bluffant car dans cette digression totale, le photographe signe un travail puissant et remarquable. Il vous invite à voir le monde avec une légèreté, une grâce et un abandon sans limites. Saisir ainsi la sensation vertigineuse du vol et sa spiritualité est une prouesse. Et jacques Maton l’a fait avec brio. L’homme devient oiseau, mais quel oiseau ? L’oiseau qui pense, l’aigle plus l’âme… disait Victor Hugo. »

Vincent Trujillo (Le monde de la Photo)

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