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boarding gate

Exposition : boarding gate Vernissage le 15 février 2015 – Villa Isabelle

Jacques Maton a donné libre cours à son goût pour la poésie, pour le voyage et a su trouver les justes équilibres entre ombres et lumières. Quel que soit le décor, le parti pris assumé reste identique. L’aéroport cesse d’être un endroit ordinaire formaté par des temps d’attente, des histoires de transit ou des passages obligés. Il possède, par définition, une ampleur internationale. Le principe s’applique au choix des motifs. L’artiste conçoit la photo, en nomade et au-delà des frontières. Il a arpenté les terminaux (Honk- Kong, Doha, Roissy, Orly…), emboîté le pas des voyageurs en instance de départ ou à peine débarqués sur terre. Le mouvement l’a entraîné du côté d’escalators, de couloirs sans fin et de halls. La vue imprenable sur la piste est de mise depuis de grandes baies vitrées. L’aérogare tolère volontiers les regards plongeants depuis des espaces haut-perchés. C’est une manière de donner plus de visibilité à l’avion, de rapprocher du voyage et de dépayser dans le même élan.

Dans cet univers, l’effervescence est bannie et la diversité éclipsée. Jacques Maton se dégage de la foule, décrète des solitudes et saisit des chaises vides. Seules quelques silhouettes vagues ou bien alignées tiennent le haut de l’affiche. L’artiste a sa méthode. Il fixe des équivoques et correspond « à des vides qui sont pleins et à des pleins qui se reflètent d’ombre et d’ambre. Je vois deux personnes posées sur un nuage et je m’assieds près d’elle », confie-t-il.

L’art et le documentaire

À d’autres moments, les photos feront miroiter toute une société de consommation. C’est aux boutiques de luxe, en enfilade, de produire des effets subtils et des effets de mode aussi. L’idée du centre commercial a été rapatriée en bordure du tarmac. Il se produit désormais d’autres tensions, d’autres frictions. Le lèche-vitrines devient ainsi aussi palpitant que les perspectives de prendre l’air à bord d’un long courrier.

On se grise de shopping, d’élégance et on sort des règles de l’art du voyage. L’état d’esprit observé à Honk-Kong se maintient à Doha, à Orly. Il participe à l’élaboration de standards et rejoint du même coup quelques utopies ratées. On a rêvé l’aéroport comme « un lieu de rencontres, de culture, d’échanges entre les différents peuples qui s’y croisent », selon l’artiste. On n’y a pas réussi. « Au lieu de cela, il est une vitrine de la consommation, sans identité, uniformisant chaque pays », poursuit-il. Quoi qu’il en soit, les émotions poétiques trouvent matière à se réveiller comme « les regards singuliers ». Car les « immenses complexes impersonnels où les gens se croisent sans se voir » cumulent les motifs géométriques qui se combinent de mille manières, font l’éloge de la lumière et métamorphosent la transparence en idée fixe.

En même temps, l’atmosphère y est un peu solennelle, un peu sacrée aussi. Les images de Jacques Maton s’harmonisent avec l’ensemble spatial et émotionnel. Elles sont très belles, et très pures. Elles demeurent fidèles au parcours de l’artiste. D’autres histoires plus intimes, plus personnelles se greffent sur les « boarding gates ». Elles ramènent à la force artistique et vitale qui se dégage d’un élan. L’enjeu pour Jacques Maton est de saisir les séquences « au gré de ses rencontres et des errances », de donner à percevoir « le mystère et le voyage ». Le parti-pris a fonctionné, entre autres, dans des univers aquatiques, auprès des enfants d’un orphelinat de Saïgon. La composante artistique mais aussi documentaire est forte. Le photographe procède à la frontière entre journalisme et photographie d’art. Il s’est montré curieux de « réinterpréter la réalité et de redécouvrir la poésie du quotidien en révélant la dimension sensuelle et humaine des sujets ». Mission réussie.

V. Emmanuelli – Corse matin

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